Actualités Fiscales

Le vote du collectif budgétaire, ce jour à l'Assemblée nationale, a réservé peu de surprise. La suspension pour 2009 du bouclier fiscal a été écartée par les députés, de même que la taxation exceptionnelle des hauts revenus. Les bénéficiaires des niches fiscales ont en revanche été exclus de nouveau crédit d'impôt, également voté dans ce texte.   

Le vote du collectif budgétaire ce jour à l'Assemblée, qui intervient en pleine journée de grève et de manifestations face à la crise, n'a pas été de tout repos. Mais, pour finir, il réserve peu de surprise. Les amendements adoptés en commission des Finances contre l'avis du gouvernement visant à surtaxer les hauts revenus ont été rejetés, de même que la proposition visant à supprimer le bouclier fiscal pour 2009. Un geste a cependant été fait pour éviter que les baisses d'impôt également votées ce jour par les députés (suspension des deux prochains tiers provisionnel de l'impôt sur le revenu), qui doivent profiter aux contribuables assujettis à la première tranche de l'impôt sur le revenu (5,5%), ne s'appliquent aussi à des personnes beaucoup plus aisées. Par le jeu des différents dispositifs défiscalisants autrement appelés "niches fiscales", celles-ci pourraient en effet se retrouver dans la première tranche d'imposition et du coup prétendre aux nouvelles baisses d'impôts. Pour éviter cela, les bénéficiaires de ces niches fiscales ont été expressément exclus du nouveau crédit d'impôt. Le texte sera soumis au Sénat à partir du 31 mars.

Le bouclier fiscal maintenu en l'état

La majorité UMP a rejeté un amendement visant à "suspendre" le bouclier fiscal pour les revenus de 2009. Soutenu par la gauche, l'amendement du député UMP René Couanau a été largement rejeté par 102 voix UMP contre 32 (PS, PCF, les UMP René Couanau et François Goulard ainsi que François Bayrou et l'ex-UMP Daniel Garrigue). Estimant que "la situation de 2009, n'était pas celle de 2007", l'élu d'Ille-et-Vilaine a appelé ses collègues à "donner un signal fort à l'opinion". "L'intelligence, c'est l'adaptation", a-t-il ajouté en invitant ses collègues de l'UMP à regarder "lucidement" la situation en temps de crise.

"La réactivité oui, mais on ne doit pas changer d'avis tous les quatre matins", a répondu Eric Woerth (Budget) en défendant la politique fiscale du gouvernement. La répartition des bénéficiaires du bouclier fiscal en 2008 montre que les 834 contribuables les plus riches (patrimoine de plus de 15,5 millions d'euros) ont touché chacun un chèque moyen de 368.261 euros du fisc, "soit l'équivalent de 30 années de Smic", a révélé mercredi Didier Migaud, le président PS de la commission des Finances de l'Assemblée.

Pas de taxe exceptionnelle sur les hauts revenus

La majorité UMP a également rejeté un amendement du président de la commission des Affaires sociales, Pierre Méhaignerie (UMP), visant à mettre en place une contribution sur les plus hauts revenus. "Si nous ne donnons pas ce signe, alors nous faisons une erreur majeure!", a déclaré le villepiniste François Goulard en allusion aux mouvements sociaux. "Vous en paierez le prix" lors des prochaines élections, a lancé Henri Emmanuelli (PS) en direction des bancs UMP. S'en prenant à la gauche mais aussi à M. Méhaignerie, le patron des députés UMP, Jean-François Copé, a fustigé "cette tentation naturelle de refaire en permanence 1793". Endossant volontiers "le mauvais rôle", il a lancé: "nous avons besoin de chaque Français", y compris "ceux qui sont les plus fortunés".

L'amendement défendu par Charles de Courson (Nouveau Centre) devait subir le même sort. L'élu centriste proposait d'augmenter de 40 à 45% le taux de la tranche supérieure de l'IR pour les années 2008 et 2009. "Dans cette période de crise, il est économiquement efficace et socialement juste de demander aux catégories les plus aisées un effort financier supplémentaire", a-t-il plaidé.

L'Assemblée a également rejeté un amendement PCF visant à instaurer une plus grande progressivité de l'impôt sur le revenu (IR), en créant huit tranches allant de 14% à 54,8%.

Les bénéficiaires des niches fiscales exclus du nouveau crédit d'impôt

L'Assemblée nationale a adopté ce matin l'article 1 du collectif budgétaire qui vise, conformément à la promesse de Nicolas Sarkozy, à effacer les deux prochains tiers provisionnels, à payer en mai et septembre au titre de l'impôt sur le revenu (IR), pour les contribuables les plus modestes. En profiteront ceux qui sont dans la première tranche d'imposition ou légèrement au-dessus, c'est-à-dire ceux dont le revenu net en 2008 est, par part, compris entre 5.852 et 11.673 euros (première tranche de l'IR). Mais, pour éviter que ce crédit d'impôt exceptionnel ne profite aux ménages les plus aisés qui payent peu d'impôt parce qu'ils utilisent à plein les niches fiscales, les députés ont aussi adopté une disposition du rapporteur du texte, Gilles Carrez (UMP), déjà votée à l'unanimité par la commission des Finances de l'Assemblée, visant à exclure ces contribuables aisés du dispositif.

L'amendement de M. Carrez précise que ce crédit d'impôt exceptionnel, au bénéfice des contribuables modestes de la première tranche (5,5%), ne doit pas bénéficier aux ménages plus aisés, qui se retrouvent aussi dans cette tranche, parce qu'ils ont réduit leur revenu net imposable par le jeu d'investissements patrimoniaux défiscalisants, aussi appelé "niches fiscales".

"L'ensemble des dispositifs à fort effet de levier sont touchés, précisent Isabelle Cahez et Jean-Brieuc Hery du service stratégie patrimoniale de l'étude Monassier à Paris. Ainsi, les contribuables qui profitent du dispositif de Loueur en Meublé Professionnel (LMP), les propriétaires de monuments historiques ou immeubles "Malraux" qui engagent des dépenses de restauration, le nu-propriétaire engageant des dépenses de grosses réparations ou encore les propriétaires d'espaces naturels labellisés, ne pourront pas profiter de la nouvelle baisse d'impôt". Les personnes qui profitent d'exonérations après le calcul de leur barème d'imposition (services à la personne, etc.) ne sont, en revanche, pas visées.

MIREILLE WEINBERG, Les Echos (sources)  

19/03/09

http://www.fidanciel.com/actualites-fiscales/vote-du-collectif-budgetaire--le-bouclier-fiscal-est-maintenu